Prof Prao Yao Séraphin (Enseignant-chercheur) : « On ne développe pas un pays avec les matières premières à faible valeur ajoutée »

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La Côte d’Ivoire possède un sous-sol riche. En 2024, son taux de croissance était de 6% quand celui de la Corée du sud était de 2%. Le PIB annuel au prix du marché de la Côte d’Ivoire était, en 2024, de 80. 483 millions d’euros quand celui de la Corée du sud culminait à 1. 733.173 millions d’euros, la même année. Quant au PIB par habitant, celui de la Côte d’Ivoire était de 2582 euros alors que celui de la Corée du sud était de 33. 491 euros. En 2024, alors que la Côte d’Ivoire consacrait 2.907, 7 millions d’euros en dépense publique d’éducation, la Corée du sud dépensait 92.353,6 millions d’euros en dépense d’éducation, en 2022. En 2023, quand la Côte d’Ivoire consacrait 1031, 8 millions d’euros en dépense publique de santé, la Corée du sud déployait, en 2024, 86.606, 1 millions d’euros en frais de santé, pour sa population. L’Espérance de vie à la naissance en Côte d’Ivoire, en 2023, était de 61,94 ans quand celle de la Corée était de 83,70 ans. Au niveau du classement mondial de l’innovation, en 2024, la Côte d’Ivoire était 112e là où la Corée occupait le 6e rang. Dès lors, il en découle que dans ce siècle présent, la richesse ne vient pas du sous-sol mais bien du capital humain. Dans cette interview accordée aux quotidiens « DERNIERE HEURE », « L’HERITAGE » ET « GENERATIONS NOUVELLES », Prof Prao Yao Séraphin, Enseignant-chercheur ivoirien exhorte les autorités ivoiriennes à mettre l’accent sur le capital humain, si vraiment le pays veut aller à l’émergence économique.

Prof Prao Yao Séraphin, vous êtes économiste et enseignant-chercheur. Alors quel est le potentiel du sous-sol ivoirien ?

La Côte d’Ivoire reconnue pour son cacao et son dynamisme économique cache sous ses terres une richesse encore largement sous-exploitée: celle de son sous-sol. Or, manganèse, nickel, lithium, coltan, pétrole, gaz naturel… autant de ressources qui font du pays un véritable carrefour stratégique en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire dispose d’un sous-sol riche en minerais critiques et stratégiques. Les succès dans les travaux d’exploration en cours contribueront au développement de nouvelles mines, augmentant sa contribution à l’économie.

L’une des dernières découvertes de manganèse en 2023 est celle de la société australienne MAKO Gold Limited au nord du pays. Pour rappel, le pays enregistre 5 mines de manganèse en exploitation : Grand-Lahou, Kaniasso, Lagnonkaha, Bondoukou et Guitry. La production est passée de 207 000 tonnes en 2016 à 929 000 tonnes en 2022.

Concernant le lithium, des permis de recherche ont été accordés à Millenium Resources CI Sarl, African Milium resources CI Sarl, Atex Mining resources Sarl et Firering à Agboville, Tiassalé et M’Batto. Concernant le coltan, deux permis de recherche ont été octroyés en 2023 à la SODEMI (compagnie minière nationale) et à Guggenex Côte d’Ivoire à Béoumi, Botro, Daloa, Issia. La société BRI Coltan a obtenu en 2022 un prêt de 7 millions d’euros de la Banque d’investissement de la CEDEAO (BIDC) pour la construction d’une usine de transformation.

Le groupe pétrolier italien Eni a annoncé une nouvelle découverte d’hydrocarbures, en février 2026, en Côte d’Ivoire. Selon un communiqué officiel publié le 16 février par le gouvernement ivoirien, les réserves du gisement sont estimées à environ 1,4 milliard de barils équivalent pétrole. Ces précédents gisements totalisent près de 6 milliards de barils équivalent pétrole, confirmant le potentiel du sous-sol ivoirien.

Mais pourquoi malgré ce potentiel, la Côte d’Ivoire est loin des pays développés et même émergents ?

On ne développe pas un pays avec les matières premières à faible valeur ajoutée. Le secteur des matières premières est un secteur à faible valeur ajoutée, qui crée peu d’emplois formels et qui génère trop peu de recettes fiscales. La spécialisation dans les matières premières alimente les inégalités sociales en bénéficiant à une minorité souvent liée à un pouvoir politique autoritaire. La dépendance envers les matières premières rend, par ailleurs, les économies en développement vulnérables envers la volatilité des prix sur les marchés mondiaux, qui complique fortement la mise en œuvre de stratégies de développement à long terme.

Dans le pire des cas, cette spécialisation peut mener à une « croissance appauvrissante » lorsque la baisse des prix des matières premières ne peut être compensée par l’augmentation des volumes exportés. La spécialisation dans les matières premières a en outre tendance à condamner les pays en développement à être victimes d’un échange inégal : leurs matières premières à faible valeur ajoutée sont échangées contre des produits industriels à plus forte valeur ajoutée des pays industrialisés.

Pour l’heure, malgré une légère transformation structurelle de son économie, la Côte d’Ivoire continue de compter sur les devises tirées de son agriculture de rente. En effet, le secteur primaire dominé par l’agriculture, représente 14,8% du PIB en 2024, le secteur secondaire centré sur l’industrie extractive, l’énergie, l’agroalimentaire et le BTP, 23,7 % du PIB et le secteur tertiaire majoritaire, tiré par les télécommunications, les transports, le commerce et les services financiers, représente 61,6 % du PIB.

La Côte d’Ivoire est-elle le seul pays dans ce cas, en Afrique ?

Non, il existe plusieurs pays dans ce cas sur le continent. Par exemple, la République démocratique du Congo (RDC), l’un des États les plus riches d’Afrique en gisements divers, couvre à lui tout seul 34 % de la production du continent en diamants. Il fournit également 13 % de la production de cuivre. Plus surprenant encore : la valeur des minéraux encore inexploités est estimée à plus de 24 milliards de dollars.

Le sous-sol congolais contient également du cobalt, utilisé dans nos téléphones et ordinateurs portables. Mais son PIB par habitant était de 686 dollars US en 2024 et 68% des congolais vivent sous le seuil de pauvreté. Pendant ce temps, l’indice de développement humain (IDH) de la République démocratique du Congo est passé seulement de 0,38 en 1990 à 0,48 en 2022, demeurant toujours faible.

On peut citer également la Zambie, qui est le plus gros producteur de cuivre africain, un pays qui assure plus de 65 % de la production totale du continent. Avec un PIB de 26,3 milliards USD en 2024, la Zambie est la quatrième économie d’Afrique australe après l’Afrique du Sud, l’Angola et le Zimbabwe. Mais l’économie reste très dépendante du secteur minier (qui représente près de 17,4% du PIB et environ 67% des recettes d’exportation), en particulier du cuivre dont la Zambie est le second producteur du continent.

Avec un PIB par habitant de 1 246 USD en 2024, la Zambie fait partie des pays à « revenu intermédiaire de la tranche inférieure ». Toutefois, ses indicateurs socio-économiques sont dégradés : le pays, l’un des plus inégalitaires au monde (indice de Gini de 57,1), est frappé par un taux de pauvreté élevé (64,3% au seuil international de 2,15 USD par jour). Il se situe dans le dernier tiers du classement mondial en termes d’IDH – 153ème rang sur 191 pays en 2023.

Citons aussi la Guinée, un pays qui couvre à lui seul, près de 95 % de la production africaine en bauxite, qui sert principalement à fabriquer l’aluminium, après une première transformation en alumine. La Guinée présente de très nombreux atouts naturels : une façade maritime, un important potentiel hydrologique et agricole, des frontières partagées avec 6 pays et un sous-sol très riche en minerais (bauxite : 1ère réserve mondiale avec 25% du stock et 2ème producteur mondial), 4 Mds T de réserves de fer, 700 T d’or et 30 à 40 M T de carats de réserves prouvées de diamants. Toutefois, son économie demeure relativement peu diversifiée et structurellement vulnérable aux chocs exogènes, notamment sur les matières premières.

Prof Prao Yao Séraphin.

Avec une population de 15,4 millions d’habitants et un PIB de 25,6 milliards USD en 2024 selon le FMI, la Guinée se situe au bas du classement IDH, occupant le 179ème rang sur 193 pays en 2023. Selon l’Institut national de la statistique, un peu moins de la moitié des Guinéens (43,7 %) vivent en dessous du seuil national de pauvreté qui est estimé à 13 717 GNF/personne/jour (1,4 EUR) en 2019.

Enfin, prenons le cas du Niger, le pays fournit à lui seul, 44 % de l’uranium africain, avec une production estimée à 4 millions de tonnes. Son sous-sol est aussi riche en calcaire, argent, étain et gypse. Avec tout ce potentiel, le Niger, dont près de 47 % de la population a moins de 15 ans, est un pays enclavé avec un PIB/habitant estimé à 707,5 USD en 2024 selon le FMI. Le capital humain y est particulièrement faible et la plupart des indicateurs sociaux sont faibles ou se dégradent. L’espérance de vie à la naissance est estimée à 61,2 ans selon l’ONU en 2023. Le taux d’alphabétisation est estimé à 38 % en 2022 selon la Banque mondiale, tandis que les taux d’accès à l’eau et à l’électricité se situent à 49 % et 19,5 % respectivement. Le pays figure à la 188e place sur 193 du classement IDH du PNUD, en 2025.

Pourtant des pays sans ressources naturelles sont arrivés à s’en sortir pour s’engager sur le chemin du développementt ?

Prenons d’abord le cas de la Malaisie. Dans ce pays, l’industrie manufacturière est le moteur de la croissance, avec des secteurs comme l’électronique et l’automobile bien développés. Le secteur manufacturier jouant un rôle crucial dans cette croissance, ce secteur est devenu l’un des principaux contributeurs au produit intérieur brut (PIB) du pays, stimulant ainsi la stabilité et la croissance économiques.

La Malaisie est réputée pour la solidité de ses industries de l’électronique, de l’automobile, de la chimie et des machines. Ces secteurs attirent d’importants investissements nationaux et internationaux, consolidant ainsi la position de la Malaisie comme pôle manufacturier de premier plan en Asie du Sud-Est. L’orientation stratégique du gouvernement vers le développement industriel a propulsé la Malaisie à l’avant-garde de l’excellence manufacturière. Avec un portefeuille de produits de plus en plus diversifié, le pays offre d’importantes opportunités de croissance aux entreprises souhaitant investir dans le secteur manufacturier.

L’un des secrets de la Malaisie, est que le pays met en avant le capital humain. En effet, l’Indice de développement humain (IDH) qui est utilisé par les Nations Unies pour mesurer les progrès d’un pays, était de 0,807 point en 2022, ce qui le place à la 63e place du tableau de l’IDH publié sur 193 pays. Le résultat est que la Malaisie est dotée d’une économie de marché diversifiée : services (59,3% du PIB), industries manufacturières (23,2%), agriculture (6,3%), hydrocarbures et mines (6,0%), et construction (4,0%). Le PIB par habitant en Malaisie devrait atteindre 11.921,00 USD fin 2025, selon les modèles macroéconomiques mondiaux de Trading Economics.

Ensuite, prenons également le cas de l’île Maurice. Avec une population à Maurice estimée à 1,27 million en 2025, la grande partie de la superficie de l’île est dédiée principalement à la culture de la canne à sucre qui dessine les vallons et les plaines. Mais le pays bute sur des ressources naturelles limitées et menacées par les dérèglements climatiques. Cependant Maurice dispose d’une solide base de capital humain développée grâce à un investissement cohérent et équitable dans le développement humain. Cela a permis à Maurice d’exploiter les avantages, d’apprendre des expertises apportées par l’IDE et de maintenir la compétitivité sur un marché international en pleine évolution.

Les services d’éducation et de santé sont gratuits et ont été élargis ces dernières années, afin de créer de nouvelles possibilités d’emploi et d’assurer une croissance inclusive. La main-d’œuvre instruite et adaptable était un élément essentiel de la croissance orientée vers l’exportation des années 1980. Environ 90 % des entrepreneurs de la zone franche industrielle (EPZ) et du secteur manufacturier étaient des Mauriciens, les hommes d’affaires disposant du capital humain, de l’éducation et des connaissances nécessaires pour exploiter les débouchés.

Selon le gouvernement de Dubaï, les perspectives générales pour le secteur manufacturier sont positives, car le pays offre de nombreuses opportunités aux entrepreneurs dans les différentes chaînes de valeur, grâce à une main-d’œuvre qualifiée. Le résultat est éloquent : le PIB par habitant à Maurice devrait atteindre 12 520 USD fin 2025. Avec un IDH de 0,804, l’île Maurice est le second pays africain le plus développé et est classée au 76e rang mondial. Pendant longtemps, l’économie mauricienne s’est reposée essentiellement sur le secteur agricole.

Mais, en 2025, le secteur agricole est relativement modeste, représentant 3,6 % du PIB et environ 5 % de l’emploi total (Banque mondiale, dernières données disponibles). Environ 40 % du territoire national est consacré à l’agriculture, la canne à sucre dominant près de 90 % des terres cultivées et constituant la principale source de recettes d’exportation. Le secteur industriel a gagné en importance, contribuant aujourd’hui à 18,2 % du PIB et à 21 % de l’emploi. Le secteur manufacturier mauricien – dont la Banque mondiale estime qu’il représente 12 % du PIB – est traditionnellement dominé par le textile et la production de sucre.

Le premier est passé d’une production de base à un sous-secteur verticalement intégré, faisant de Maurice le centre d’excellence du textile en Afrique australe et orientale. La manufacture pèse 85 % de l’activité industrielle. Le secteur tertiaire, lui, représente, 78,2 % du PIB.

Enfin, le cas de la Corée du sud. Avec une superficie de 98,480 km² et une population estimée à plus de 51 millions d’habitants, le pays ne possède que quelques gisements de houille d’argent, de zinc, de tungstène, de fer et de kaolin dont le poids économique est négligeable. En effet, en 1948, la division de la Corée a opéré un partage inégal des ressources au profit de la Corée du nord. Mais la faiblesse du capital physique de la Corée du sud contraste avec la vitalité de son capital humain. Le pays a fait le choix d’optimiser son capital humain. Pour tous les dirigeants successifs, le développement du système éducatif doit précéder le développement économique.

Cette politique d’éducation d’excellence a joué un rôle clé dans l’amélioration de la qualité des ressources humaines et largement contribué au développement économique. La démocratisation de l’éducation et l’accès pour tous à l’enseignement supérieur ont permis à la Corée du Sud, de former ses propres cadres dirigeants qui sont aujourd’hui à la tête des principales multinationales du pays. La Corée du sud a une activité de R&D particulièrement dynamique, prise en charge en grande partie par les grands groupes industriels, appelés conglomérats.

En termes de dépenses de R&D, rapportées au PIB national, la Corée était en 2017, en première position (4,6% du PIB) parmi les pays membres de l’OCDE. Aujourd’hui, la Corée tient sa force économique de son industrie, qui représentait en 2023, 31,6 % du PIB selon la Banque mondiale, soit l’une des parts les plus importantes parmi les pays développés (la moyenne OCDE est de 22 %, avec notamment 18 % en France, 26,9 % au Japon, ou encore 28,1 % en Allemagne).

Ce dynamisme est soutenu par un effort de R&D très important, qui fait de la Corée le deuxième pays le plus dépensier au monde en proportion du PIB en 2022 (5,2 %). Le secteur privé représente 77 % du total des dépenses de R&D de la Corée (2e ratio le plus élevé de l’OCDE après le Japon) dont près de la moitié est assurée par les 10 premiers chaebols.

L’omniprésence des chaebols dans la R&D coréenne s’explique notamment par leur modèle exportateur, qui les a poussés à monter en gamme pour se maintenir dans la concurrence internationale et à investir progressivement dans des secteurs de plus en plus technologiques, pour figurer aujourd’hui parmi les leaders dans les semi-conducteurs, les smartphones, les batteries, l’automobile, etc. Les chaebols s’appuient en outre sur leur structure en conglomérat, qui permet de financer la R&D par la rentabilité d’activités lucratives. Les résultats également présents : le PIB par habitant en Corée du Sud devrait atteindre 37 072,00 USD d’ici la fin de 2026, selon les modèles macroéconomiques mondiaux de Trading Economics, avec une population d’environ 51,75 millions d’habitants. L’indice de développement humain (IDH) de la Corée du Sud a évolué, passant de 0,73 en 1990 à 0,93 en 2022.

Pendant ce temps, le capital humain de la Côte d’Ivoire est très faible et le pays transforme très peu ses matières premières. Que pensez-vous ?

Effectivement, vous avez entièrement raison. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a publié son rapport annuel sur l’indice de développement humain (IDH) pour l’année 2025. Dans le rapport intitulé « Une question de choix : les individus et les possibilités à l’ère de l’IA », datant du 6 mai 2025, la Côte d’Ivoire enregistre un Indice de Développement Humain (IDH) s’élevant à 0,582. La Côte d’Ivoire gagne dix précieuses places et occupe le 157e rang parmi 193 nations évaluées.

La Côte d’Ivoire enregistre un PIB de 78,9 milliards USD courants selon le FMI en 2023, avec un PIB/habitant de 2 537 dollars (FMI, 2023). La Côte d’Ivoire s’impose comme la première puissance économique de l’UEMOA, contribuant à 40 % du PIB de l’Union. Le pays contribue à 42% des exportations de la zone et abrite la base industrielle la plus développée. Leader mondial sur les marchés du cacao (39 % de part de marché en 2024) et de l’anacarde (40 % de la production mondiale en 2023), la Côte d’Ivoire n’exporte pas de produits transformés mais bruts.

Par exemple, le cacao constitue un pilier essentiel de l’économie ivoirienne, générant 40% des recettes d’exportation et contribuant entre 10 et 15% au PIB national, et le premier pourvoyeur de devises du pays, selon la Banque mondiale. Mais le pays ne représente actuellement qu’une petite partie de la chaîne de valeur mondiale de ce secteur, d’une valeur de 145 milliards de dollars par an. Selon les estimations, si Abidjan parvenait à capter seulement 10 % de toute cette chaîne de valeur, cela représenterait environ 15 milliards de dollars par an et augmenterait le PIB de 25 % grâce à la spéculation sur le cacao. Sur ce business, les pays producteurs ne perçoivent que 6 % des centaines de milliards de dollars engrangés. Ceux qui profitent sont les négociants, les grands transformateurs, les détaillants et les marques.

Que proposez-vous prof. Prao Yao Séraphin?

Vous savez que le principal talon d’Achille des économies en développement est leur dépendance envers les matières premières. La part des matières premières dans les exportations totales atteint en moyenne 76% dans les pays à faible revenu et 61% dans les autres pays en développement. Près de neuf pays africains sur dix sont dépendants des matières premières, c’est-à-dire qu’elles représentent plus de 60% des exportations de marchandises.

La dépendance aux matières premières est liée au faible développement humain : 29 des 32 pays classés parmi les pays ayant un niveau faible de développement humain sont dépendants des matières premières. Or, cette dépendance aux matières premières est liée au faible développement humain, et principalement à la faiblesse du capital humain. Ce qu’on appelle « malédiction des ressources naturelles » n’est pas une fatalité, à condition de soutenir le développement de secteurs stratégiques créateurs d’emplois de qualité.

Pour ce faire, un pays comme la Côte d’Ivoire doit revoir son « logiciel » et accentuer ses efforts sur le capital humain. En Côte d’Ivoire, les exportations de produits de moyenne et haute technologie (en % des exportations de produits manufacturés), se situent à 22% alors qu’elles représentent 72 % en Corée du sud.

La Côte d’Ivoire gagnerait à placer le capital humain au cœur de sa stratégie de développement car l’indice du capital humain est faible en Côte d’Ivoire. Le capital humain est le niveau potentiel de performance qu’un système de formation est capable d’offrir aux citoyens d’un pays. En Côte d’Ivoire, ce chiffre est de 38% selon la Banque Mondiale, un niveau qui décrit l’affaissement du système éducatif ivoirien. Le système de formation, de santé, d’institutions qu’on a aujourd’hui, donnera des citoyens qui vont fonctionner à 38% de leur potentiel alors que la moyenne est de 40% en Afrique contre la moyenne des pays développés qui est de 71 à 75% du potentiel des citoyens.

Interview dans Dernière Heure Monde, L’héritage et Génération nouvelle

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