Côte d’Ivoire : les 10 mesures stratégiques de la FECOMCI pour transformer l’exploitation minière artisanale
Lutte contre l’orpaillage illégal, formalisation des acteurs, traçabilité de l’or, protection de l’environnement et souveraineté économique. Ce sont entre autres les combats que s’est assigné la Fédération des Coopératives Minières de Côte d’Ivoire (FECOMCI), présidée par Koné Seydou, en vue de contribuer activement à la construction d’un secteur minier artisanal légal, organisé, responsable et créateur de richesses. Pour y arriver cette fédération qui fait parler d’elle depuis quelques mois en Côte d’Ivoire a fait 10 propositions à travers son plan d’action 2026-2030.
LA FECOMCI, UNE FORCE DE PROPOSITION AU SERVICE DE LA TRANSFORMATION DU SECTEUR MINIER
La Côte d’Ivoire fait face à un défi majeur : lutter efficacement contre l’orpaillage illégal tout en organisant durablement l’avenir de l’exploitation minière artisanale.
En effet, les conséquences des activités clandestines sont connues. Il s’agit de dégradation de l’environnement, pollution des cours d’eau, occupation anarchique des terres, risques sécuritaires, faible traçabilité de l’or et développement de circuits économiques échappant au contrôle de l’État.
Face à cette situation, la Fédération des Coopératives Minières de Côte d’Ivoire (FECOMCI) soutient le principe d’une action ferme de l’État contre les pratiques illégales.
Toutefois, elle considère que cette action doit nécessairement s’accompagner d’une stratégie durable de transformation du secteur. Car derrière l’exploitation minière artisanale existent également des réalités humaines. Il s’agit des travailleurs, des jeunes, des familles et des communautés dont une partie des revenus dépend de cette économie.
Pour la FECOMCI, le véritable défi national consiste donc à combattre l’illégalité tout en construisant une voie crédible vers la légalité pour les acteurs qui acceptent de respecter les règles de la République. La Fédération défend ainsi une conviction forte. Elle estime que « la victoire durable contre l’orpaillage illégal ne se mesurera pas seulement au nombre de sites clandestins fermés, mais aussi au nombre d’acteurs que nous aurons réussi à faire entrer durablement dans la légalité. »
C’est dans cette perspective que la FECOMCI propose son Plan 2026–2030 en dix (10) propositions pour transformer l’exploitation minière artisanale en Côte d’Ivoire. Ce plan pour cette fédération est fondé sur quatre piliers essentiels que sont ORGANISER – FORMALISER – RESPONSABILISER – DÉVELOPPER. Aussi pour elle, pour arriver à cette transformation, il faut faire de la coopérative minière un véritable instrument central et déterminant.
Car elle estime que loin de constituer une couverture à l’illégalité, celle-ci doit devenir un véritable outil d’identification, d’organisation, de formation, de traçabilité, de responsabilisation et d’accompagnement vers la légalité. Quelles sont réellement les 10 propositions faites par la FECOMCI ? De façon concrète voici ce que propose cette Fédération.
- RECENSER ET IDENTIFIER LES ACTEURS
La FECOMCI propose la mise en place progressive, sous l’autorité des structures compétentes de l’État, d’un dispositif national permettant d’identifier les artisans miniers, les coopératives et les zones d’activité.
L’objectif est de savoir qui exerce, où et dans quel cadre.
Grâce à son organisation et à son ancrage auprès des coopératives, la FECOMCI entend contribuer à cette démarche nationale d’identification et de structuration des acteurs.
« Pour formaliser, il faut identifier ; pour contrôler, il faut organiser. »
- ORGANISER LES ARTISANS EN COOPÉRATIVES RESPONSABLES
La Fédération préconise d’encourager les acteurs souhaitant entrer dans la légalité à rejoindre des coopératives structurées, transparentes et correctement gouvernées.
La coopérative permet notamment l’identification des membres, leur formation, la tenue de registres, la responsabilisation collective et le dialogue avec l’administration.
À travers cette approche, la FECOMCI entend faire des coopératives de véritables relais de proximité pour l’encadrement et la professionnalisation des artisans miniers.
La Fédération rappelle cependant un principe fondamental :
Une coopérative n’est pas une autorisation d’exploitation. Elle doit être une porte d’entrée vers la légalité.
- CRÉER UN PARCOURS NATIONAL DE FORMALISATION
Pour la FECOMCI, tout acteur souhaitant quitter l’informel doit pouvoir comprendre clairement les étapes conduisant à l’exercice légal de son activité.
Elle propose ainsi un parcours national de formalisation articulé autour des étapes suivantes :
IDENTIFICATION → ORGANISATION EN COOPÉRATIVE → FORMATION → MISE EN CONFORMITÉ → AUTORISATION SELON LES PROCÉDURES LÉGALES → PRODUCTION CONTRÔLÉE → TRAÇABILITÉ → COMMERCIALISATION LÉGALE.
Ce mécanisme permettrait de donner une orientation claire aux artisans miniers désireux de respecter la réglementation.
La FECOMCI souhaite contribuer à cet accompagnement en facilitant le dialogue entre les coopératives, les administrations compétentes et les acteurs de terrain.
- FORMER ET PROFESSIONNALISER LES ARTISANS MINIERS
La transformation du secteur passe également par la formation.
La FECOMCI propose le déploiement d’un programme de formation portant notamment sur :
la réglementation minière ; la sécurité ; les techniques d’exploitation responsable ; la protection de l’environnement ; la gouvernance des coopératives ; la gestion administrative et financière ; la traçabilité ; la commercialisation légale.
L’objectif est de faire progressivement de l’artisan minier un professionnel identifié, formé et responsable.
Pour la Fédération, une exploitation minière artisanale mieux organisée et mieux encadrée constitue une condition essentielle à la transformation durable du secteur.
- FAVORISER DES ZONES D’ACTIVITÉ ARTISANALE ENCADRÉES
La FECOMCI propose d’étudier, sous l’autorité de l’État et sur la base des données géologiques, foncières, environnementales et réglementaires, l’identification de zones compatibles avec l’exploitation artisanale légale.
L’objectif est de permettre une meilleure organisation spatiale des activités, dans le respect des procédures d’autorisation et des exigences de protection de l’environnement.
Il s’agit de passer progressivement :
« Des sites clandestins dispersés à des activités autorisées, localisées et contrôlables. »
Dans cette perspective, les coopératives minières pourraient jouer un rôle important dans l’organisation et la responsabilisation des exploitants autorisés.
- RENDRE L’OR ARTISANAL LÉGAL ENTIÈREMENT TRAÇABLE
La traçabilité constitue un élément central de la transformation proposée par la FECOMCI.
La Fédération préconise la mise en place progressive d’une chaîne permettant de suivre l’or artisanal légal depuis son lieu de production jusqu’à sa commercialisation :
SITE AUTORISÉ → COOPÉRATIVE → PRODUCTION ENREGISTRÉE → CIRCUIT D’ACHAT AUTORISÉ → COMMERCIALISATION LÉGALE.
L’ambition est simple : pouvoir connaître l’origine et suivre le parcours légal de l’or produit.
Grâce à l’identification des producteurs et à la tenue de registres, les coopératives pourraient contribuer à renforcer la transparence de cette chaîne, sous le contrôle des autorités compétentes.
- SÉCURISER LE CIRCUIT NATIONAL D’ACHAT DE L’OR
La FECOMCI considère que la transformation du secteur minier artisanal doit également intégrer la question stratégique de la commercialisation de l’or.
Elle propose de renforcer les circuits légaux et transparents d’achat de l’or artisanal.
Dans cette perspective, la Fédération appelle à une réflexion nationale sur le rôle que pourraient jouer l’État ou les structures expressément habilitées et contrôlées par lui dans la sécurisation de l’achat, de la traçabilité et de la valorisation de l’or artisanal légal.
Les coopératives pourraient servir de relais de proximité pour l’identification des producteurs et la traçabilité, dans le respect strict de la réglementation.
Pour la FECOMCI, cette proposition dépasse la seule question commerciale.
Elle touche directement à la souveraineté économique de la Côte d’Ivoire sur l’or produit sur son territoire national.
- FAIRE DE L’ENVIRONNEMENT UNE OBLIGATION
La FECOMCI estime que la transformation du secteur ne peut être durable sans une responsabilité environnementale effective.
Toute coopérative engagée dans une démarche responsable doit respecter des obligations précises :
Protection des cours d’eau, respect des zones interdites, gestion des déchets, sécurisation des excavations, réhabilitation progressive des sites, protection des communautés et prévention du travail des enfants.
Pour encourager les bonnes pratiques, la Fédération propose de promouvoir son Label « Coopérative Minière Citoyenne », fondé sur des critères mesurables de légalité, de gouvernance, de sécurité, de traçabilité et de responsabilité environnementale.
Ce label constituerait un instrument de promotion et de reconnaissance des coopératives engagées dans une exploitation minière responsable.
- CRÉER DES CADRES LOCAUX DE CONCERTATION
La FECOMCI propose de renforcer le dialogue territorial entre les administrations, les services techniques, les collectivités, les autorités coutumières, les communautés, les coopératives et les organisations représentatives.
La Fédération considère que la transformation du secteur minier artisanal nécessite une coopération permanente entre les différents acteurs concernés.
Grâce à leur proximité avec les réalités locales, les coopératives minières peuvent contribuer à la sensibilisation, à la prévention des conflits et à la promotion du respect des règles.
« La transformation du secteur doit être nationale dans sa vision et territoriale dans son application. »
- CONCLURE UN PACTE NATIONAL 2026–2030
Pour donner une dimension nationale à cette ambition, la FECOMCI propose l’ouverture d’un dialogue en vue de la conclusion d’un :
« PACTE NATIONAL POUR UNE EXPLOITATION MINIÈRE ARTISANALE RESPONSABLE 2026–2030 ».
Ce pacte reposerait sur cinq priorités :
IDENTIFIER – ORGANISER – FORMALISER – TRACER – PROTÉGER.
Il permettrait de fédérer les efforts de l’État, des administrations compétentes, des coopératives, des collectivités, des communautés et des autres parties prenantes autour d’une vision commune.
La FECOMCI souhaite ainsi contribuer à la mise en place d’un cadre national de transformation du secteur minier artisanal, fondé sur la légalité, la transparence, la responsabilité et le développement durable.
LA FECOMCI, UN PARTENAIRE DE TERRAIN POUR ACCOMPAGNER L’ACTION DE L’ÉTAT
Au-delà de ces dix propositions, la démarche de la Fédération des Coopératives Minières de Côte d’Ivoire traduit une volonté : faire des coopératives minières des acteurs organisés et responsables, capables de contribuer concrètement aux efforts de transformation du secteur.
La FECOMCI ne se positionne pas en substitution à l’État, mais comme un partenaire de terrain pouvant contribuer à l’identification des artisans, à leur organisation, à leur formation, à leur sensibilisation et à leur accompagnement vers la légalité.
Cette approche repose sur une conviction essentielle : la lutte contre l’orpaillage illégal doit être accompagnée de solutions durables permettant aux acteurs qui le souhaitent de s’inscrire dans une activité légale, contrôlée et respectueuse de l’environnement.
En plaçant les coopératives au cœur de sa stratégie, la FECOMCI entend contribuer à rapprocher les politiques publiques des réalités du terrain.
Elle défend une transformation dans laquelle l’artisan minier devient un acteur identifié et responsable, la coopérative un instrument de bonne gouvernance, l’or artisanal une ressource traçable et les communautés des bénéficiaires d’un développement plus durable.
La FECOMCI appelle ainsi à une mobilisation nationale autour de ses dix propositions pour construire, à l’horizon 2030, une exploitation minière artisanale légale, organisée, traçable, responsable et créatrice de valeur pour la Côte d’Ivoire.
SERCOM FECOMCI

